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Que t’a donc fait mon cœur
pour que ses maux ne cessent pas ?
C’est à toi qu’il se plaint de sa passion,
mais sa plainte ne lui est d’aucune utilité.
Laisse-toi aimer, car entre tes mains
se jouent sa vie et sa mort.
Ô venin ! Ô remède !
Sur ta bouche se guérissent tous les maux,
et pourtant, par ta faute, me voici fourbu et malade…
Eh bien, décide-toi enfin, ou… achève-moi !
Qui me donnera la langueur de ses yeux,
bien que ses regards apportent la mort !
Quand elle passe et que ses flancs ondulent,
elle est la beauté en personne !
Voudrais-je tenter de la décrire,
qu’il me serait impossible de dire toutes ses qualités.
Le regard du malheureux parcourt
les jardins de ses joues,
mais en cueillir les fleurs,
des sabres effilés et tranchants le lui interdisent.
(…)
Extrait d’un poème du recueil Trente poèmes d’amour (de la tradition mozarabe andalouse du XIe au XIIIe siècle), traduit de l’espagnol par Michel Host (2010) et reproduit avec l’aimable autorisation des éditions L’Escampette.
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Conférence de Sébastien Balibar, directeur de Recherches au CNRS et laboratoire de physique statistique de l’école normale supérieure (Paris).
Entre 1937 et 1941, période très tourmentée de notre histoire, une découverte majeure a eu lieu : il existe des liquides plus ordonnés que les autres, qu’on appelle « superfluides » parce que leur viscosité est nulle. La superfluidité est étonnante mais visible à l’œil nu, et j’en montrerai une séquence filmée. Lorsqu’il devient superfluide, l’hélium liquide cesse de bouillir, jaillit en fontaine lorsqu’on le chauffe, s’écoule spontanément hors des récipients où l’on tente de l’enfermer, etc. Mais qui a fait cette découverte, et comment ? Est-ce Kapitza à Moscou peu après son enlèvement par Staline ? Ou bien les deux canadiens Allen et Misener attirés à Cambridge par Rutherford ? Et qui a compris le premier qu’il s’agissait de la première manifestation à l’échelle humaine de la mystérieuse physique quantique qui traite la matière comme des ondes ? Fritz London que Paul Langevin avait accueilli au Collège de France (Paris) en plein front populaire, aidé de son ami hongrois Laszlo Tisza qui s’était lui réfugié à l’Institut Henri Poincaré ? Ou bien le russe Lev Landau que Kapitza avait sauvé in extremis des geôles de Staline ? Cette histoire mouvementée illustre la manière dont les découvertes ont lieu dans un contexte de compétition qui génère parfois de vives controverses entre scientifiques, et la manière dont le travail scientifique réconcilie finalement les points de vue. On verra l’importance que prend l’invention d’un mot et comment l’attribution de grands prix peut conduire à réduire le travail d’une communauté à celui d’un individu (le lauréat).
Notre compréhension détaillée de la superfluidité est à peine en train de s’achever et j’ai tenté d’y contribuer. Par ailleurs, si l’on réalise que la supraconductivité est un phénomène voisin qui sert aux installations d’imagerie médicale (les « scanners IRM »), on voit que la superfluidité est très loin de n’être qu’une curiosité de laboratoire.
Pour de plus amples détails, les non-physiciens pourront se reporter au chapitre 6 (« Le pouvoir des mots ») de mon livre : « La pomme et l’atome » (Odile Jacob 2005). Les physiciens pourront lire « The discovery of superfluidity », Journal of Low Temperature Physics 146, 441 (2007).
Lieu : POITIERS (86) | Amphi A - bâtiment Sciences naturelles, campus de l'université de Poitiers
40 av. Recteur Pineau, 86000 POITIERS, FRANCE
Publié le 19 octobre 2009.
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